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Impressions électorales

Quand l'influence s'invite sans permissions au coeur de la démocratie

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Alex Lienard
mai 22, 2026
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Pendant longtemps, les opérations d’influence politique relevaient d’un mélange de propagande classique, de militantisme numérique et d’opérations clandestines menées par des services étatiques. Faux tracts, rumeurs, fermes à trolls, campagnes de désinformation ou réseaux de faux comptes : les méthodes évoluaient, mais leur logique restait essentiellement humaine, artisanale et relativement identifiable. Tout cela était découvert sur le tard, voire très très tardivement lors de la parution d’ouvrages confessionnels.

L’enquête publiée mi-mai par Libération et Haaretz sur une campagne visant plusieurs candidats de La France insoumise durant les municipales de 2026 laisse entrevoir l’envers du nouveau décor de l’influence. Derrière des faux profils Facebook, des contenus générés par intelligence artificielle, des sites éphémères et des opérations de sponsorisation publicitaire apparaît progressivement une infrastructure technique beaucoup plus vaste, plus “noire”, structurée, opaque et troublante.

Au fil de leurs investigations, les journalistes ont remonté une chaîne de serveurs, de noms de domaine et d’outils numériques qui évoquent moins une opération improvisée qu’un véritable environnement logiciel de manipulation de l’information : générateurs d’avatars, gestion d’agents virtuels sur les réseaux sociaux, outils d’infiltration communautaire, automatisation de campagnes narratives, manipulation de tendances et de sondages. Comme si la désinformation était entrée à son tour dans l’ère des plateformes.

Si les commanditaires restent inconnus, si les sociétés citées contestent toute implication, si aucune preuve publique ne permet d’attribuer cette opération à un État, les traces techniques et les proximités humaines décrites par l’enquête dessinent les contours d’un phénomène plus large : l’émergence d’une industrie privée de la guerre cognitive, à mi-chemin entre le marketing politique, les sociétés de cybersécurité offensives et les anciens univers du renseignement.

Au fond, le véritable sujet n’est peut-être pas cette campagne contre LFI en elle-même. Il réside peut-être dans l’industrialisation croissante de l’influence politique numérique, rendue possible par l’intelligence artificielle, l’automatisation des interactions sociales et la chute spectaculaire du coût opérationnel de la manipulation narrative.

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